L’OTAN entre dans ses 80 ans d’existence et est l’exemple même d’une l’alliance qui a perduré dans l’Histoire : Comment la réformer pour faire face aux défis du 21e siècle ?


03 May
03May

Contexte

Dans l’état actuel de quasi-inexistence d’une défense européenne, il n’est pas réaliste de dire que l’OTAN est en mort cérébrale, comme l’a indiqué le président Macron. Créé dès 1949 dans le climat instauré dès 1947 par la « guerre froide » entre les États-Unis et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), l’OTAN a été depuis le départ piloté par les États-Unis. Le parapluie militaire et nucléaire de ces derniers a protégé l’Europe depuis lors et a bénéficié à la partie occidentale de l’Europe dès l’origine, et a permis vers le milieu des années 1980 à la partie orientale de se désolidariser du « bloc de l’Est » pratiquement sans effusion de sang – l’épisode le plus marquant étant la chute du mur de Berlin en novembre 1989. La situation est bien différente aujourd’hui. L’URSS n’existe plus depuis trente ans et est (re)devenue la Russie. Malgré des agissements agressifs dans une partie de l’Ukraine (en Crimée et dans le Donbass à l’est du pays – cf. propos de M. Josep Borrell en avril 2021) et de la Géorgie (en Abkhazie) et des menaces récurrentes envers les pays Baltes, la Pologne et la Biélorussie, la Russie n’est qu’une pâle réplique de l’ogre soviétique. Plus encore, les intérêts stratégiques de la Russie au Moyen-Orient et face à la montée de l’islamisme dans les Républiques proches du Caucase et de la mer Caspienne tendent à converger avec ceux de l’Europe, même si la coopération est loin d’être aisée, en particulier du fait des droits de l’homme et des menaces que la Russie applique en interne (cf. l’opposant Alexeï Navalny) et dans les républiques voisines. En parallèle, même si dans certaines zones du monde les enjeux convergent entre les États-Unis et l’Europe –le choix du président Sarkozy de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN a ainsi permis à la France de vendre ses systèmes d’armes dans certains pays–, la divergence dans les priorités ne cesse de croître. L’Europe est préoccupée par son autonomie stratégique, y compris face aux oligopoles américains et chinois dans le cloud ; voir aussi l’usage extensif d’une législation applicable avec extra-territorialité, telle FATCA. Un autre enjeu très important est la montée d’une situation démographique et migratoire dangereuse en Afrique subsaharienne. De leur côté, les États-Unis regardent toujours plus vers leur façade Pacifique, vers la montée en puissance économique et financière de l’Asie, et militaire de la Chine. 

OTAN 2030, enjeux et risques

 Le projet OTAN 2030 reste utile en soi dans ce contexte et d’ailleurs, même si la GB a quitté l’UE, elle reste un allié fiable, plus proche à certains égards de la France que l’Allemagne. Celle-ci est plus faible sur le plan militaire et ses intérêts peuvent différer au plan géostratégique et industriel. A ce jour et avec le conflit États-Unis/Chine qui va s’amplifier, l’Europe est dans une situation inédite : son rôle de ‘soft power’ ne pourra plus s’exercer en l’absence d’une ‘hard power’ crédible, tant sur le plan militaire, des équipements et armements, de l’espace, du renseignement, etc. L’OTAN par ses forces militaires et navales protège les routes commerciales maritimes. De fait, la France (et le Royaume-Uni) continue(nt) de jouer un rôle clé dans l’Asie de la ceinture du Pacifique avec près de 1,5 millions de citoyens français (Polynésie, Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna, etc.) et des intérêts stratégiques, économiques et militaires. Comment alors que nous sommes dans une Europe vieillissante avec 7% de la population mondiale, et moins de 1% pour la France, être innovants dans et hors l’OTAN ?
Comment améliorer nos liens de complémentarité, comment et jusqu’à quel point l’OTAN peut-il amener ou aider à la résolution de conflits ? Quels sont les risques pour l’Europe ?
Ne devrions-nous pas s’inspirer de l’État d’Israël qui, seul face à des ennemis nombreux, a eu une lecture pragmatique et réaliste. Il est devenu une vraie puissance économique et géopolitique. L’Europe peut-elle enfin surmonter l’échec de la Communauté Européenne de la Défense de 1954 ? La Politique Étrangère et de Sécurité Commune (PESC) peut-elle déboucher sur une véritable politique commune tant pour la diplomatie, le rayonnement international que pour la défense dans tous ses aspects. Une idée serait de créer une ‘Légion étrangère’ européenne sous impulsion française constituée d’environ 100 000 hommes (et femmes) et qui serait l’embryon d’une défense européenne.

Cette légion porte un idéal fort et un sens du sacrifice. Un(e) légionnaire est là pour agir ! 

Pour l’Europe, quels sont les principaux terrains d’opérations ?

  • L’opération Barkhane est en cours au nord du Mali depuis août 2014 ; outre la France, sont impliqués les États-Unis pour la logistique aérienne et le renseignement, l’Allemagne et l’Estonie pour des équipements et des troupes, des troupes du G5 Sahel, etc.
  • Sur son territoire, la montée insidieuse du radicalisme et de l’intégrisme religieux, en particulier l’islamisme (que nous définissons comme le déploiement d’un programme de pression politique par une minorité très active – initialement à l’échelon local –sur une fraction de la population fragilisée et sur les élus dans un contexte d’éparpillement des voix).
  • La Turquie exerce une pression sur l’UE en menaçant de laisser passer des migrants et réfugiés en provenance de Syrie et d’autres pays du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique. La Turquie est en situation économique délicate voire périlleuse, et son dirigeant essaie de se maintenir au pouvoir en s’appuyant sur les régions pauvres du centre du pays et en les fanatisant pour faire face à l’opposition démocratique des villes. La Turquie reste néanmoins membre de l’OTAN ce qui lui permet d’entraver la diplomatie européenne.
  • La Russie apparaît tantôt comme une alliée objective, notamment dans certaines négociations au Moyen-Orient, et tantôt abuse de sa force militaire et de son positionnement géographique pour déstabiliser certains régimes démocratiques (Ukraine et Géorgie) ou pour maintenir un régime autocratique (Belarus). De plus, elle s’appuie sur les minorités russophones dans les pays baltes pour conserver une marge de manœuvre politique et diplomatique.
  • L’Afrique est en majorité un grand partenaire politique, humanitaire, économique et culturel. Cependant, l’immense pression démographique qui se dessine (plus de 2 milliards d’individus en 2050, plus de 3 milliards en 2100), le stress hydrique qui touche déjà la majorité de ces populations et ne va pas cesser de croître du fait du réchauffement climatique sont deux enjeux qui vont accélérer les déplacements de populations (que nous voyons déjà à l’œuvre dans le Sahel et dans le sud de Madagascar).
  • Le dernier et pas le moindre est le risque de perte d’autonomie stratégique face à la puissance considérable que peuvent aligner les Américains et les Chinois dans le numérique. La réaction en Europe s’organise, mais elle est tardive et restera probablement insuffisante. C’est peut-être l’enjeu de court, moyen et long terme le plus important car il ne porte pas que sur la défense opérationnelle, mais sert le nerf de la guerre économique déjà fortement engagée.

Europe et Afrique

 Pour revenir à l’Afrique, il est urgent et essentiel de travailler ensemble à tous les niveaux, États, entreprises, ONGs pour faciliter le développement et opérer un véritable planning familial –qui assure que les enfants puissent se nourrir et recevoir une éducation, particulièrement les filles. La démographie galopante dans de nombreux pays (avec des taux de fécondité qui dépassent 7 en Afrique subsaharienne) constitue une menace pour le développement même de ces pays, car l’économie, les infrastructures et le système éducatif ne peuvent pas suivre ce rythme, et pour tous les pays voisins ou pour les destinations de l’émigration. Il s’agit aussi de ne plus alimenter le puits sans fond des aides financières qui partent des pays développés vers les pays africains dans le besoin pour y revenir via les placements personnels de trop nombreux dirigeants ou membres de l’élite. L’aide doit servir les populations et favoriser des modes de développement effectif par des actions de terrain pour mieux gérer les ressources et fixer les populations. L’aide au développement est bien plus efficiente et bénéfique par des systèmes privés, tel Proparco de l’AFD, orientés directement vers les entreprises qui créent de l’emploi et des revenus. En parallèle, il est nécessaire de renforcer les moyens de gestion de l’immigration (par Frontex) et de sélection de ceux qui, authentiques réfugiés, doivent avoir droit à un hébergement et un accompagnement, de démanteler les organisations criminelles qui organisent le passage dans des conditions catastrophiques et à prix d’or, etc. 

Conclusion

 Dans ce contexte, il apparaît clairement que la présentation du rapport « OTAN 2030 » et l’annonce de l’exercice d’envergure « Defender 2021 » aux frontières de la Russie ne répond que très partiellement à ces enjeux et aux stratégies à mettre en œuvre pour faire face aux menaces. Ce rapport nous inspire donc quelques craintes, une des plus importantes étant que ce rapport soit un nouvel habillage du « buy American » dont Donald Trump s’était fait le héraut et que Joe Biden n’a en aucune manière récusé. Si tel était le cas, cela rendrait de plus en plus difficile les débouchés de l’industrie militaire européenne et, partant, sa capacité à se maintenir à la pointe de la recherche et de l’innovation. L’approche que nous proposons est donc de ne pas tourner le dos à l’OTAN parce qu’elle reste indispensable pour de nombreux pays en Europe orientale mais aussi en mer de Chine. Pour autant, il est indispensable de faire vivre et donner des débouchés à l’industrie européenne, développer le renseignement militaire et l’intelligence économique qui sont les nerfs de la guerre (et de la paix : si vis pacem para bellum) et de mettre en œuvre l’idée d’une Légion « étrangère » de l’Europe. Idée initiale de Michel (P) le 15.4.2021 ; rédaction par JM le 17.4.2021 ; excellents commentaires par Michel (B) le 19.4.2021 Ci-joint rapport de nov. 2020 sur OTAN 2030 ; 84 pages https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/2020/12/pdf/201201-Reflection-Group-Final-Report-Fre.pdf

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